Redonner vie aux églises en déshérence Abonnés
Le culturel prend le pas sur le cultuel
A Villefranche-de-Rouergue (Aveyron, 12 153 habitants), l’église Saint-Joseph était quasi-inutilisée depuis les années 1990. Bien que consacré, l’édifice pâtissait de la proximité d’autres sites plus importants, utilisés régulièrement pour le culte. Le projet est né d’une association locale, « Cap solidarité », attachée à la restauration d’une crèche remarquable, constituée de monuments et de sujets régionaux, dont des automates. La jurisprudence du Conseil d’État sur la laïcité écartant la possibilité de valoriser des crèches, elle a été transformée en un objet culturel irréligieux.
Sur une surface de 80 m², l’installation fait revivre un village typique d’autrefois. Les dimensions de la nef de l’église Saint-Joseph étaient idéales pour l’y installer, après une restauration. « L’association a fait un travail très important en restaurant ce village aveyronnais créé à l’origine par le département et cédé à la ville à la condition qu’il soit valorisé. Aujourd’hui, l’objectif est atteint et une médiation peut être réalisée par l’association qui s’est donné pour mission de donner vie à cette maquette », se réjouit le maire, Jean-Sébastien Orcibal. Pour financer la restauration du village miniature, Cap Solidarité a sollicité la Fondation du patrimoine et obtenu le prix Sésame, soit 20 000 €. Quant à la mairie, elle s’est chargée des travaux dans le bâtiment, en régie : « grâce au savoir-faire de ses services techniques municipaux, la ville a rebâti l’un des autels, sécurisé un escalier, révisé l’électricité, réparé des ferronneries, remis en fonctionnement le chauffage, accompli une multitude de tâches qui ont permis à l’édifice d’être débarrassé de diverses scories et autres éléments contribuant au désordre, et remis des cordes aux cloches leur permettant de sonner de nouveau… » , détaille l’élu. L’ouverture au public a été un succès avec 5 000 visiteurs dès la première saison. Villefranche-de-Rouergue a capitalisé sur un afflux de visiteurs attirés par la réputation de son marché. L’église ouvre ses portes à la belle saison et autour des fêtes de fin d’année, tout en conservant sa fonction cultuelle. Le réaménagement laisse en effet au diocèse une trentaine de places devant l’autel pour y célébrer des offices.
L’ouverture au public sauve le bâtiment
A Mortagne-sur-Sèvre (Vendée, 6 227 habitants), l’église Saint-Hilaire paraissait condamnée à la destruction en 2007, suite à la découverte de désordres sur les voûtes. La mairie, qui n’a pas les moyens de sa restauration, ferme l’édifice, avant de décider sa démolition en 2013. L’église étant cependant consacrée, l’évêché fait valoir son droit de veto. La municipalité s’engage alors à étudier tout projet alternatif, dont le coût pour les finances municipales ne serait pas supérieur à celui de la destruction (soit 250 000 à 300 000 €). Le conseil départemental suggère la création d’un centre d’interprétation du vitrail, car l’église en possède trois remarquables évoquant la guerre de Vendée, ainsi qu’un autre de près de dix mètres de haut, initialement installé à Notre-Dame de Paris. « Le projet doit s’ancrer dans le territoire. Il faut une accroche locale », insiste le maire, Alain Brochoire. Ici, l’histoire de la période révolutionnaire et le fait religieux suscitent l’intérêt de la population. La mairie s’engage dans un projet de musée municipal, baptisé « Vendée Vitrail », nécessitant 600 000 € pour la rénovation du bâtiment et 600 000 € pour la muséographie. Elle parvient à réunir 900 000 € de subventions (DETR, FSIL à l’époque, conseils régional et départemental). Non seulement le bâtiment est sécurisé mais la restauration lui redonne un éclat perdu. « L’église a été rénovée de fond en comble avec un chauffage au sol », se félicite le maire, qui a su s’accorder avec les autorités diocésaines : « de novembre à mars, l’église est utilisée par la paroisse, et d’avril à octobre par Vendée vitrail ». L’animation (1,8 équivalent temps plein) est prise en charge par la communauté de communes du Pays de Mortagne, au titre de sa compétence tourisme. Mortagne-sur-Sèvre y a gagné de nouveaux visiteurs, de 4 000 à 5 000 par saison, et en espère encore davantage grâce au prix Sésame.
*Il sera reconduit en 2024. Les communes intéressées peuvent déjà contacter les délégations régionales de la Fondation ou se rendre sur www.fondation-patrimoine.org/c/soumettre-un-projet/obtenir-une-aide-financiere/prix-sesame/397
Jean-Philippe ARROUET le 11 septembre 2023 - n°501 de La Lettre du Maire Rural
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